Bientôt tous free-lances ?

 

Dans un monde où les travailleurs indépendants représenteront bientôt la majorité de la force de travail aux Etats-Unis, le centre d’emploi migre de l’entreprise à l’individu. Quelles sont les conséquences sur l’entreprise et le droit du travail ? Quel rôle de l’entreprise dans ces transformations ?

Pour ce nouvel afterwork de l’Openmind Kfé, le Lab RH nous a embarqués ce lundi 11 juillet dans un grand tour d’horizon sur l’emploi pour réfléchir à son futur et à celui de l’Entreprise. Retour sur les enseignements riches de cette soirée rythmée par une table ronde et des brainstorms collectifs.

« Le travail ne sera plus considéré comme un emploi. » affirme Adam Haciane, coach en développement professionnel pour ouvrir la table-ronde et dresser l’état des lieux actuel du salariat. La révolution numérique que nous vivons a induit une réhabilitation majeure de l’individu au sein du travail. La subordination entre employé et employeur et la transmission des tâches par délégation sont mises à mal par la logique de réseau et le renforcement du pouvoir de chaque individu. Nous passons d’un rapport de force vertical à une horizontalisation poussant les modèles managériaux et organisationnels à se réinventer.

Reste à définir la forme d’emploi la plus adaptée pour demain face aux évolutions que nous vivons. En France, le marché du travail reste extrêmement dual nous rappelle Reynald Chapuis, Directeur Expérience Utilisateur & Digital chez Pole Emploi et nous invite à bien différencier les contrats en stock et en flux. Les contrats à durée indéterminée représentent en effet 88 % des contrats de travail en France, quand les embauches sont à 85 % des contrats à durée déterminée ou des contrats courts, d’une durée moyenne d’un an. La France restant également le pays offrant le moins de capacité de transformation de ces contrats courts en CDI, les conditions restent très précaires pour ces personnes qui doivent souvent cumuler des activités et contrats pour vivre. Comment assouplir les contrats longs pour lesquels la protection est maximale et sécuriser les individus ayant des contras courts ? Comment combiner ces différentes formes de travail et quelle action publique pour demain ?

Si le salariat a vocation à fortement évoluer, le contrat social en place devra lui aussi s’adapter. Il ne s’agira plus de protéger les emplois, mais de protéger les individus… Jean-Marie Hawel de BPI group invite également à une évolution de la société. Si un contrat se rompt facilement, les conséquences et la capacité à rebondir restent complexes. De plus, l’emploi sécurisé étant souvent plus déterminant que les revenus pour trouver des financements ou un logement : « il faut changer les contrats mais également changer la banque ». Bref, la société doit évoluer.

Demain, il n’y a surement pas un modèle, mais plusieurs formes d’emploi possibles : nous allons doucement vers une logique de « pick and choose », vers une personnalisation du service où chacun compose sa forme de travail. Nous ne serons surement pas tous free-lances demain, précise Julie Machillot d’Apitalent mais les entreprises devront inévitablement évoluer. Elles auront besoin d’introduire plus de flexibilité, de travailler davantage en mode projet, pour des projets qui font sens, et aussi interagir avec leur écosystème. Boris Sirbey, fondateur du Lab RH, nous rappelle en guise de conclusion que le salariat n’existe que depuis un siècle. Il y a 2 siècles le système de travail était composé à 95 % de formes de travail indépendantes. La disparation du salariat reste un passage symbolique, une question secondaire. Le basculement de civilisation est la vraie question : émerge ainsi timidement la possibilité d’avoir des organisations différentes de celles qui existent. Et de nous rappeler que la chance que nous avons de vivre cette transition : « Nous vivons le basculement le plus radical qu’on n’ait jamais vécu. Profitez-en ! ».